Témoignages

Jackie Coogan se souvient du tournage de The Kid avec Charles Chaplin :

"Le studio de Chaplin était unique. Comme il était seul producteur, tout l'endroit nous appartenait. Il arrivait qu'on ne donne pas un tour de manivelle pendant dix jours, pendant qu'il mettait au point une idée. Et quand il avait une idée, il composait tout dans sa tête. C'était un homme brillant. Tout le monde dans le cinéma ou dans les arts, devrait l'envier, parce qu'il avait tout. Il pouvait faire naître une idée, la rendre possible, et il mettait en scène ; plus tard, il a composé la musique de tous ses films, et il savait tirer des gens le meilleur d'eux-mêmes. Je le vois encore en train de m'expliquer ce qu'il voulait de moi. Il s'est mis à évoquer le drame : je le voyais dans mon imagination. C'était un conteur fantastique, et il vous impliquait personnellement. Aussi, quand il a dit "Caméra !" puis "Action !" et que l'employé de l'assistance sociale m'a jeté dans le camion, toutes les vannes ont cédé. J'étais vraiment parti. J'étais déchiré. "Je veux mon papa." J'ai fait une crise de nerfs. Si vous voulez représenter quelqu'un qui pique une crise, vous avez intérêt à piquer une crise, ou c'est aussi bidon qu'un billet de trois dollars. Il faut tout lâcher. Ca veut dire faire le vide en vous, tout laisser sortir. Chez un adulte je parlerais de frustrations ; chez un enfant, je ne sais pas ce qui sortait. Mais je sais que je me sentais tout creux. Ma tête résonnait comme une cloche."


Janet Gaynor se rappelle la tension que Murnau créait sur un plateau :

"Ce n'était rien de faire trente ou quarente prises. Des gens qui comprenaient l'allemand m'ont dit qu'il les traitait dans des termes très cruels, mais avec moi, il a été absolument merveilleux. Il était très grand, dans les 1,90 m, très beau, les cheveux roux, et portait un bleu. Il avait un verre bleu accroché au cou. Il ne portait pas de monocle, mais le verre bleu en tenait un peu lieu. Je l'adorais."


Broncho Billy Anderson à propos de la première du film The Great Train Robbery :

"On a tout fait en deux jours, puis le film a été terminé et apporté à la salle de vision. Après le visionnement, tout le monde se regardait sans savoir s'il fallait marcher ou non. Porter a dit :"le seul moyen de le savoir, c'est de le passer dans une salle." Ils l'ont d'abord projeté à l'Eden Musee, dans la 14e Rue. On y est tous allés voir. Quand tout le monde a été assis, le présentateur est venu faire une annonce au public : ils allaient voir quelque chose d'extraordinaire, The Great Train Robbery. Le public n'avait pas l'air très enthousiaste ; on a commencé. Ils se sont mis à s'agiter, à crier "Attrapez-les ! Attrapez-les !" et toutes sortes d'adjectifs. A la fin du film, ils se sont levés en criant : "Passez-le encore, passez-le encore." Alors on l'a passé encore une fois, et ils l'ont redemandé. On a fini par rallumer les lumières et il a fallu mettre les gens dehors. A l'extérieur un grand rassemblement s'était formé, on s'était donné le mot, et ils attendaient pour entrer. Je crois qu'ils l'ont passé deux jours de suite. Puis, pour avoir les réactions d'un public plus distingué, on l'a passé au théâtre Hammerstein, au coin de la 42e Rue et de Broadway. C'était un music-hall. J'avais mes doutes quant au succès avec ce public-là, un public plus raffiné, du genre à qui on ne la fait pas. Quand le film a démarré, ils se sont levés et dirigés vers la sortie, comme d'habitude, et puis ils se sont retournés pour jeter un coup d'oeil, et lentement, pendant que le film passait, tous sont revenus s'asseoir. Ils sont restés là, médusés. Ils n'ont pas crié, mais ils étaient stupéfaits. Et à la fin, comme un seul homme, ils ont fait une ovation. A ce moment je me suis dit : C'est décidé. Pour moi, ce sera le cinéma. L'avenir est sans limites."


Mack Sennett à Cannes en 1952 :

"J'ai crée mes Keystone Cops (Flics Keystone) en m'inspirant des gendarmes dans les bandes comiques de Pathé Frères..."


Sadoul à propos de Louis Feuillade :

"Avec ses binocles, sa moustache, son chapeau melon, sa forte myopie, Feuillade avait l'allure d'un paisible employé de bureau. Il avait beaucoup lu et était fort cultivé."


Karl Brown parle des débuts de Griffith :

"Griffith avait été un acteur exécrable. Il avait résulté qu'il ne pouvait être utilisé que par des metteurs en scène exécrables pour des salaires exécrables. Il avait parcouru le pays dans toutes les directions, avait figuré dans les mélos de plus bas étages. Ce qui impliquait de jouer devant les publics les plus minables, la grande armée des pouilleux, qui payaient dix, vingt et trente cents - les fameux tarifs ten-twent'-thirt' - des spectacles dans les théâtres de fortune des petites villes et des ghettos urbains. Puis, par caprice imprévisible du destin, ces mêmes rustauds de la ville et de la campagne allaient devenir le public auquel les nickelodéons devaient la vie, la liberté et la recherche du bonheur. Griffith avait cela. Et il connaissait mieux qu'aucun producteur new-yorkais la psychologie des plus pauvres, des publics pauvres. Dix ans à voir les spectateurs des couches les plus basses s'enflammer devant les drames les plus sordides et les plus crus. Ce qu'il voulaient, c'était toute la richesse de la fête théâtrale avec la tragédie et la comédie, non pas une tragédie raffinée mais le sang coulant à flots, non pas la comédie spirituelle mais la tarte à la crème. Tout devait être tracé à gros traits ; des méchants d'une seule pièce, des héros et des héroïnes d'une pureté absolue."


Louis Feuillade sur sa manière de travailler :

"J'ai toujours écrit mes scénarios moi-même. De même qu'il faut au cinéma des acteurs de cinéma, j'ai toujours pensé qu'il fallait des auteurs spécialisés dans cet art..."