Eric Von Stroheim (1885-1957)

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L'une des plus extraordinaires figures du cinéma mondial.

Né à Vienne le 22 septembre 1885, Erich Stroheim Von Nortenwald, était le fils d'un commandant d'infanterie. Destiné à la carrière des armes, il fait ses études à l'Ecole Militaire impériale de Moehrisch-Weisskirchen, à l'Académie Militaire de Wiener-Neustadt et à l'Ecole de guerre autrichienne. Lieutenant en 1908, dans la Garde impériale de François-Joseph, un événement resté secret l'oblige à quitter Vienne. Il rompt avec sa carrière et avec sa famille, et s'embarque pour New York après avoir perdu ses dernières ressources au Casino de Monte-Carlo (mars 1909).

Il débute comme empaqueteur, fait tous les métiers pour gagner sa vie : laveur de voitures, marchand de journeaux, vendeur de carfs-volants, maître-nageur, homme de peine dans une auberge. Poseur de voies ferrées, il est engagé pour conduire des chevaux à Los Angeles. Là, ses qualités de cavalier le font remarquer par le directeur d'un manège qui l'embauche comme maître-écuyer. Il écrit des articles et des récits, fait une conférence qui tourne au scandale, monte une pièce qui ne connaîtra qu'une représentation.

En 1915, il crée un numéro de music-hall à l'Orpheum Circus de Los Angeles. Le jour il fait de la figuration dans les studios. Son physique sarcastique le signale à l'attention. Griffith lui confie le rôle du Pharisien dans Intolérance. John Emerson l'engage ensuite comme assistant, à 18 dollars par semaine. De 1915 à 1917, il travaille dans les studios, soit comme assistant, soit comme acteur, spécialisé dans les compositions de hobereaux germaniques et d'officiers. Paramount lance le slogan : "L'homme que vous aimeriez haïr".

Carl Laemmle lui confie, en 1918, la réalisation de Marie Aveugles ou La Loi des Montagnes. Après les Passe-Partout du Diable (1919), Stroheim entreprend, en 1921, Folies de Femmes dont le coût défraye la chronique. Réduit à 7000 à 4500 m. pour les besoins de l'exploitation, le film fait scandale à sa présentation, mais rapporte à Universal des sommes considérables.

L'acteur, déjà connu dans le monde entier, se révélait un grand metteur en scène. Il commence alors Merry Go Round (Les Chevaux de Bois) que le producteur fait terminer par Rupert Julian. Il entreprend pour MGM, Greed (Les Rapaces, 1923) sur lequel il travaille un an, tourne un métrage considérable, dépense des millions, et crée une oeuvre dont les lambeaux demeurent comme l'une des plus saisissantes expressions de l'écran. Le film terminé, le producteur le déclara inexploitable et le fit réduire de plus de la moitié. Stroheim contrôla ces coupures, mais renia son oeuvre et ne consentit à la voir qu'en 1950, à la Cinémathèque Française.

Pour reprendre son métier, Stroheim accepta ensuite de tourner La Veuve Joyeuse, à contrecoeur (1925). Il fit, de cette aimable opérette, une satire féroce de l'aristocratie autrichienne. Pour la Paramount, c'est ensuite La Marche Nuptiale (1927) qui devait comprendre deux parties, soit 24 bobines au total (plus de 7000 m). Des différents surgirent avec les producteurs. L'oeuvre fut terminée et montée par Sternberg ; Stroheim en interdit la projection en Amérique ; elle parut en France en deux films : Symphonie Nuptiale et Mariage de Prince. Ce fut ensuite, pour la United Artists, Queen Kelly, film qui devait rester inachevé par suite de l'avènement du parlant, mais dont les fragments projetés continnent d'admirables séquences, révélatrices de l'esprit de l'auteur : violence des entiments, romantisme exacerbé, ingénuité parfois, goût du contraste.

Ces démêlés avec les "producers", son intransigeance artistique, jetèrent le discrédit sur ce grand créateur. Il dut se contenter d'interpréter des films souvent quelconques. Stroheim vint ensuite en France (1936) où il poursuivit sa carrière d'acteur sans pouvoir, malheureusement, continuer son oeuvre de réalisateur. Ses créations dans La Grande Illusion de Renoir, dans La Danse de Mort de Marcel Cravenne - dont il écrivit le découpage et qu'il interprétait aux côtés de sa femme Denise Vernac - puis, lors de son retour en Amérique, en 1940, dans plusieurs autres films.

Il a publié plusieurs roman : Paprika, Les Feux de la Saint-Jean (2 vol), qui furent traduit en français ; il a écrit des Mémoires, dont il n'envisageait la publication qu'après sa mort.

Eric Von Stroheim est mort dans sa maison de Maurepas, dans les Yvelines, le 12 mai 1957, après une longue maladie. Contraint à rester immobile dans un carcan qui enserrait son buste, il avait reçu quelques mois plus tôt la légion d'honneur.