Abel Gance (1889-1981)

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Abel Gance naquit à Paris, le 25 octobre 1889, d'une famille bourbonnaise. Dès sa prime jeunesse, il publie des poèmes, puis écrit des pièces dont une tragédie en vers : La Victoire de Samothrace, agréée par le Théâtre-Français avec l'appui de Sarah Bernhardt, mais dont la guerre empêcha la création. Depuis plusieurs années déjà, Gance jouait de petits rôles au théâtre et au cinéma pour gagner sa vie. En 1909, il incarnait Molière dans un film de Léonce Perret et fut le frère de Max dans un film de Max Linder. Mais ses ambitions le portent vars la création. Il écrit des scénarios que Gaumont accepte et que tournent Feuillade, puis Capellani. Gance doit fonder sa propre firme pour réaliser lui-même un premier film : La Digue en 1912.

Mobilisé dans le S.C.A., réformé en 1915, il reprend sa place et tourne pour Nalpas, en cinq jours et avec 5000 francs, Un Drame au Château d'Acre, puis c'est La Folie du Dr Tube, beau prétexte à des audaces techniques qui valent au film de demeurer dans les armoires du producteur. Ce premier avatar n'arrêtera ni la carrière, ni les audaces du jeune cinéaste, mais il faudra quelques années encore pour qu'il s'impose avec Mater Dolorosa (1917) et La Dixième Symphonie (1918).

Bornons-nous à rappeler les oeuvres essentielles pour retenir surtout son apport dans l'expression cinégraphique : J'Accuse (1919) et bientôt La Roue (1922-23), oeuvre considérable, affirmaient la maîtrise de l'auteur. Comme celle de Jean Epstein, dont il fut le maître et l'ami, la technique de Gance est surtout remarquable par la valeur psychologique qu'il sut donner à des procédés souvent utilisés avant lui. Il fut un créateur de rythmes et par ses fameux "montages-accélérés" du train fou et de la chute d'Elie dans le ravin, il apporta au spectateur un "frisson nouveau".

Ces audaces, cette intelligence des possibilités du cinéma furent dépassées encore par la grande fresque animée de Napoléon, premier volet d'un vaste projet qui devait évoquer toute la destinée du personnage. Avec ce film, Gance lançait - vingt-cinq ans avant le Cinémascope - l'idée du grand écran et, ce qui est infiniment plus important, celle de la polyvision. La reprise du film sur triple écran au Studio 28, voici quelques années, a confirmé la puissance du moyen, montré l'étendue d'une technique qui pouvait apporter au cinéma l'équivalent de ce que la polyphonie avait apporté à la musique.

Tout ce que Gance tourne ensuite a sans doute moins d'importance que cette idée capitale à laquelle il ne cessa de travailler tout en poursuivant une carrière difficile, déchirée entre ses aspirations, ses ambitions et les obligations commerciales. En dépit de l'engouement que lui portent certains jeunes critiques, il n'y a guère à retenir de son oeuvre "parlante"  que certaines séquences de foule de La Fin du Monde (1930), les recherches sonores et lyriques d'Un Grand Amour de Beethoven (1935) et, dans un registre mineur, très différent de son style habituel, le charme de Paradis Perdu. Il meurt à Paris le 10 novembre 1981.

Premier en date des grands réalisateurs de l'époque française des années 1920, Abel Gance tient dans l'histoire du cinéma une place importante, mais essentiellement par son apport considérable à la création du langage cinématographique. Ses thèmes furent toujours littéraires, encombrés de symboles souvent puérils. Il était tenté à la fois par l'idéologie et l'instinct populaire, avec un goût romantique très accusé. Mais il eut, dès le début de sa carrière, un véritable génie de l'image animée. Les procédés dont il usa, l'audace de ses conceptions, le lyrisme de son expression le mettent au niveau des Griffith, des Stroheim, des Eisenstein. L'ambition même de ses entreprises gêna souvent leur réalisation, mais il en mena suffisament à terme pour que son oeuvre dise ses hauts mérites.

Ses recherches dans le domaine de la polyvision, l'ont maintenu à l'avant garde d'une expression dont il demeure sur bien des points le prophète méconnu.