David Wark Griffith (1875-1948)

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Né à Crestwood, Oldham Country, près de La Grange (Kentucky), le 22 janvier 1875, D.W. Griffith était le fils d'un officier sudiste vétéran de la guerre de Sécession. Il avait une imagination encore plus débridée que son fils. L'un de ses récits, fabriqué de toutes pièces, impressionna sa famille au point qu'elle l'inscrivit sur sa pierre tombale. Le "Colonel" Griffith s'était inventé un arbre généalogique qui remontait tout droit aux anciens princes de Galles. Un de ses ancêtres intermédiaires se nommait lord Brayington, et Griffith porta quelque temps le nom de scène de Lawrence Brayington.

D.W. Griffith fait ses études dans une école privée. De 1897 à 1907, il est journaliste à Louisville, chargé de la critique théâtrale.

Il commence sa carrière comme acteur sous le nom de Lawrence Griffith. Il comptait préserver l'intégrité de son nom jusqu'à ce qu'il gagne la célébrité dans le domaine qu'il avait élu. Vers 1908, il publie ses premiers poèmes, écrit des pièces de théâtres, abandonne le journalisme, fait divers métiers et devient acteur de tournées. Son ambition était d'écrire des pièces, et il se faisait une triste opinion de la plupart de celles dans lesquelles il paraissait.

Il ne parvenait pas à gagner assez d'argent pour entretenir ses ambitions passionnées. Il lui arriva de loger dans un asil de pauvres de New York, et son expérience de la misère doit avoir été une humiliation douloureuse.

Il épouse une comédienne, Linda Arvidson, et débute à la Biograph, où il propose à Edwin Porter un scénario tiré de La Tosca. Le scénario est refusé, mais l'auteur est engagé. Il se retrouve dans le rôle principal d'une "histoire allemande", Rescued From an Eagle's Nest, réalisé par J. Searle Dawley. C'était un film médiocre, dont le titre même détruisait le suspense potentiel. Cette alternance de toiles peintes et d'extérieurs naturels, qui s'efforçait d'imiter les mélodrames des tournées provinciales, ne trouva pas même grâce devant les journaux corporatifs. "La hardiesse de la conception, écrivit le Moving Picture World, est gâchée par le mauvais éclairage et la pauvreté de la combinaison entre photographie d'extérieurs et tournage en studio, lequel est trop plat ; et le truquage de l'aigle avec ses ailes tenues par des fils est trop évident pour le public, tandis que le combat entre l'homme et l'aigle est pauvre et sort du champ de vision. Nous espérions mieux."

Il mène de front pendant quelque temps les rôles d'acteur et de scénariste.

En juin 1908, il tourne son premier film : Les Aventures de Dolly, et près de 50 autres dans la même année. Griffith fait débuter Mary Pickford en 1909, puis Florence Turner et Mack Sennett. Dès 1908, dans l'adaptation d'un poème de Tennyson, il montre des scènes alternés. Il peut alors s'assurer le concours d'un excellent opérateur, B.W. Bitzer, qui va lui permettre de réaliser les innovations techniques dont il rêve. En quatre ans (1909-1913) il tourne à la Biograph plus de 200 bandes de tous genres, emploie les plans divers, utilise tous les procédés, met au point une véritablr syntaxe du langage cinématographique, forme des techniciens et des acteurs : Eric von Stroheim, les soeurs Dorothy et Lilian Gish.

En 1913, Griffith quitte la Biograph, passe à la Mutual, va tourner à Hollywood où il construit un studio et fonde une société de production financé par Wall Street pour réaliser La Naissance d'une Nation, sujet épique dont la guerre de Sécession forme le pivot. Fils de sudiste, Griffith ne cache pas ses sympathies. Le film est présenté à Los Angeles le 8 février 1915. Il suscite des manifestations dans plusieurs états, notamment à Boston où les bagarres frisent l'émeute. Le président Wilson se fait présenter le film à la Maison Blanche, mais ne l'interdit pas. Encouragé par le succès, Griffith incite son commanditaire Aitken à constituer une société qui sera la Triangle, formée de trois groupes indépendants : Fine Arts Studios, dirigée par Griffith, Kay-Bee animée par Th. Ince, et la Keystone, aux destinées de laquelle préside Mack Sennett. La Standard Oil alimente financièrement l'affaire.

Griffith entreprend une fresque gigantesque, Intolérance, qui évoque sur ce thème quatre moment de l'histoire du monde. L'oeuvre comporte 4000 m. et doit être amputée par Griffith lui-même. La version présentée à New York le 6 septembre 1916 dure néanmoins 2h30. Les épisodes ne se suivent pas chronologiquement, mais progressent parallèlement, ce qui permet à l'auteur une hardiesse, une nouveauté dans le découpage et le montage qui laissent parfois les spectateurs éberlués. Mais Intolérance créait le vrai visage du cinéma ; il donnait l'élan à toutes les recherches qui devaient se faire après lui et reste ainsi, malgré son échec financier, l'oeuvre clé de cette première partie de l'histoire du cinéma.

Un an d'inaction suit cet échec ; la Triangle est dissoute. L'entrée en guerre des USA lance Griffith dans les oeuvres de circonstance. Il vient en Europe pour tourner des scènes de guerre et réalise Coeurs du Monde et d'autres films de propagande pour les Alliés.

Un engagement de la Paramount l'aide à rembourser ses créanciers. En 1919, il fonde avec Mary Pickford, Douglas Fairbanks et Charles Chaplin, la United Artists pour qui il tourne Le Lys Brisé, puis A Travers l'Orage et Les Deux Orphelines où la sureté de son style sauve les histoires impossibles. Mais ensuite commence le déclin. Un essai de burlesque : La Nuit Mystérieuse, un film historique ambitieux : Pour l'indépendance, d'autres bandes dont les prétentions philosophiques ne furent pas souvent heureuses jalonnent les années 1921-28 : La Ruée des Rêves, L'Eternel Problème, La Bataille des Sexes, Les Chagrins de Satan, Jeunesse Triomphante, etc...La venue du parlant achève de dérouter le réalisateur. Il tourne cependant deux "talkies" : Abraham Lincoln (1930) et The Struggle (1931). Mais il abandonne ensuite la mise en scène et meurt dans sa villa de Hollywood, le 23 juillet 1948.