Georges Méliès (1861-1938)

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Né à Paris, le 8 décembre 1861, fils d'un fabricant de chaussures de luxe.

Etudes au Lycée Louis-le-Grand, parallèles aux manifestations d'une vocation de décorateur et caricaturiste. Première passion : les fantoches mécaniques de Robert Houdin. Après son service militaire accompli à Blois (où Robert Houdin avait son château) Méliès passe un an en Angleterre et fréquente l'Egyptian Theatre de l'illusionniste Maskeline.

Il débute dans la fabrique de son père, s'occupant des machines et d'ébénisterie. Sa vocation prend le dessus ; il entre au journal antiboulangiste La Griffe, comme caricaturiste, et signe ses dessins Géo Smile. Fabricant d'automates, il se produit enfin comme prestidigitateur à la Galerie Vivienne, puis au Cabinet Fantastique du Musée Grévin. Il se marie en 1884 et, en 1888, rachète à sa veuve le Théâtre de Robert Houdin dont il restera l'animateur jusqu'à sa disparition en 1923.

La science est près de la magie. Utilisant déjà les projections photographiques, Méliès est séduit par le cinématographe. Lumière refusa de lui vendre son invention. Méliès achète un bioscope de W. Paul, l'améliore avec le concours de l'ingénieur Joly et tourne son premier film en avril ou mai 1896 : La Partie de Cartes. Il s'associe avec Reulos pour enregistrer des films destinés aux forains et fait breveter avec Reulos et Korsten un appareil dénommé le kinétographe. Mais ce n'est pas sur cette voie qu'il va s'engager. Il abandonne la fabrication et reprend son indépendance. Méliès veut mettre le cinéma au service de l'illusionnisme. Il transforme son théâtre en salle de projection (pour un peu de temps), fonde sa maison de production qu'il baptise la Star-Film et, en septembre 1896, fait élever dans le parc de sa propriété de Montreuil-sous-Bois une verrière de 17 m. sur 6 m. de large et autant de haut, pour y tourner ses bandes. C'est le premier studio du monde digne de ce nom. Il coûte à son constructeur 70 000 fr or.

Les travaux reprennent en janvier 1897. Méliès fait creuser une fosse de 3 m. pour installer des trappes et élève deux étages. Il tourne à la lumière du jour, de 11h du matin à 3h de l'après-midi.

En quelques années, Méliès enregistre des centaines de films - on a dit 4000 en comptant les bandes de 20 m. (dont chacune portait un N° au Catalogue) - Jeanne d'Arc, Cendrillon, Le Petit Chaperon Rouge, Les Quat'cent Farces du Diable, Le Juif Errant, Les Hallucinations du Baron de Münchhaüsen, L'Homme à la Tête de Caoutchouc, Le Voyage à Travers L'Impossible, Le Tunnel sous la Manche, un nouveau Voyage dans la Lune, qui atteint 300 m. et d'autres bandes dont certaines vont jusqu'à 700 m.

Les films de Méliès sont vendus dans le monde entier. En 1904, Méliès envoie son frère Gaston à New York pour y défendre son oeuvre et ses intérêts, car Edison, Laemmle et d'autres, contretypent sans vergogne ses bandes et inondent le marché mondial de ces contrefaçons. En 1908, Méliès préside le "Congrès International des Editeurs de Films". Mais fidèle à sa formule, il néglige l'évolution du cinéma. Méliès est contraint d'avoir recours à Pathé pour distribuer ses films, abandonnant en garantie son théâtre et son studio. En 1912, il tourne son dernier grand film, A la Conquête du Pôle. Son frère entreprend un voyage inutile et ruineux, une croisière dans le Pacifique en vue d'un grand reportage ; mais les négatifs moisissent avant d'être tirés. Méliès interrompt sa production. La guerre de 1914 achève le désastre. Le Théâtre Robert Houdin doit fermer en raison des évènements. Pour vivre, Méliès transforme son studio en théâtre lyrique, les "Variétés Artistiques", où il joue le répertoire avec sa fille et son fils André. Mais les difficultés s'aggravent. En 1917, l'Autorité Militaire réquisitionne ses locaux. La réouverture du Théâtre Robert Houdin, après les hostilités, ne le sauve pas. Acculé à la faillite, il se retrouve en 1923 complètement démuni, tous ses biens saisis, le Théâtre Robert Houdin disparaissant, de surcroït, sous la pioche des démolisseurs.

Ne sachant plus où les loger, Méliès ordonne la destruction de ses films. Des centaines de négatifs, des milliers de mètres de copies sont transformés en produits chimiques pour fabriquer des peignes et des talonnettes.

Méliès et ses enfants donnent concerts et variétés dans les casinos. Un an plus tard, il est appelé à Sarrebrück pour remonter le Théâtre des Mines de la Sarre. Quand il revient à Paris, il se remarie - il était veuf depuis quinze ans - avec une de ses premières interprètes de Robert Houdin, elle aussi veuve. Mais nul n'entend plus parler de Méliès.

En 1928, Léon Druhot, journaliste et publiciste, le retrouve, marchand de jouets et de bonbons à la Gare Montparnasse. Ni le malheur ni les difficultés n'ont terni sa bonne humeur. Dans le même temps, J.P. Mauclaire, directeur du Studio 28, découvre dans une propriété de la Maison Dufayel des milliers de bandes en couleurs parmi lesquelles quelques Méliès. On réhabilite le grand homme ; un gala est organisé salle Pleyel, le 16 décembre 1929. Georges Méliès et sa femme sont admis à la Maison de Retraite d'Orly. Il y meurt le premier, le 21 janvier 1938, ayant au moins pu voir que son oeuvre ne serait pas oubliée.

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