Sergueï Mikhailovitch Eisenstein (1898-1948)

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Né à Riga, en 1898, S.M. Eisenstein, fils d'un architecte, fait des études à l'Ecole des Beaux-Arts et entre en 1914 à l'Institut des Ingénieurs Civils de Saint-Petersbourg. Il s'oriente vers la peinture, mais les évènements d'octobre 1917 le font bifurquer vers la décoration de théâtre en s'engageant dans les équipes formées par le "Proletkult", pour une sorte de "Théâtre au Front", de l'Armée Rouge. En octobre 1920, il entre à l'Académie de Moscou où il travaille avec Meyerhold, avant de devenir lui-même metteur en scène.

Mais le cinéma constituait une des grandes activités artistiques du nouveau régime. La projection d'Intolérance, de Griffith, au profit des affamés de la Volga, et les idées de son ami Koulechov convertirent Eisenstein au nouvel art. Peu après, il publiait dans la revue Lef, que dirigeait alors le poète Maäkowski, un article sur le montage qui révélait déjà sa profonde intelligence des lois de l'écran.

Il s'initia à la technique en Allemagne, fut l'opérateur de Lupu Pick, collabora avec Fritz Lang et revint en URSS. Sa première bande fut un intermède cinématographique pour une farce d'Ostrovsky : "Cétait un bon cheval qui ne trébuchait jamais". L'année suivante, il tourne "La Grève". Le succès ne fut pas très vif, mais les techniciens reconnurent les qualités du néophyte.

En 1925, en vue de commémorer le 20e anniversaire de la Révolution de 1905, le Gouvernement des Soviets consacra un important budget à la réalisation d'une série de films qui devaient retracer les principaux épisodes de cette révolte. Celui des évènements d'Odessa fut confié au jeune Eisenstein, alors âgé de 27 ans. Ainsi naquit "Le Cuirassé Potemkine".

Le succès de cette oeuvre, son rayonnement à l'étranger, en dépit des censures qui en interdisaient la projection, mirent Eisenstein au premier rang. Il entreprend alors une vaste épopée de la machine et du plan quinquennal, "L'Ancien et le Nouveau Testament", qui demeure inachevée et dont on tira "La Ligue Générale". C'est ensuite "Octobre" en 1927.

Eisenstein se rend en France où il tourne avec Alexandrov un court métrage, "Romance Sentimentale", puis il passe quelques mois en Angleterre, en Belgique, en Hollande, en Suisse et gagne enfin Hollywood où la Paramount lui a proposé un contrat. Eisenstein prépare divers sujets, notamment une adaptation du roman de Théodore Dreiser : "Une Tragédie Américaine", à laquelle l'auteur donne son approbation, mais que refuse la Paramount. Le contrat rompu, Eisenstein réussit, avec le concours de l'écrivain Upton Sinclair, à grouper des capitaux pour entreprendre au Mexique une vaste fresque sur l'histoire du pays. Il tourne 50 000 m de négatif, mais des discussions surviennent et le désaccord avec le producteur Sol Lessler. Eisenstein rentre à Moscou sans avoir pu revoir les bobines envoyées à Hollywood et sans avoir pu monter le moindre bout. De cette masse de documents, Sol Lessler tira un long métrage : "Tonnerre sur le Mexique" et divers courts métrages. Mary Seaton, qui fut sa collaboratrice, réalisera en 1939 un autre montage avec les fragments inutilisés.

Rentré à Moscou en 1932, Eisenstein se voit confier une chaire à l'Institut de Cinématographie d'Etat. Il réalise un film qui ne fut pas projeté, "Le Pré de Béjine", et semble connaître un temps de disgrâce. Il fait une brillante rentrée avec "Alexandre Nevsky" en 1938, épopée d'une rigueur formelle exemplaire dans laquelle la musique de Prokofief soutient la composition plastique des images. "Ivan le Terrible" confirma cette formule magistralement. La deuxième parti, réalisée pendant la guerre, ne reçut pas l'approbation du parti et ne fut jamais projetée en URSS. Mais déjà la maladie accablait le grand cinéaste.

Les crises cardiaques se multiplièrent. Eisenstein succombait le 10 février 1948. Il a publié une oeuvre importante sur la technique et l'esthétique du cinéma dont une partie seulement a été traduite en français.